Numéro: 139
Politique (II). Nécessité et illusions du politique
Date de parution: 17/07/2009
INTIMITÉ & VIOLENCE. POINT de VUE
par Norbert Chatillon
Résumé : L’intime est porteur de toutes les violences, & toute violence portée à l’autre ou à soi ramasse un indicible de l’intime. Nous sommes parfois tentés d’imaginer l’intime comme la face intérieure et paisible d’une posture, et la violence comme une manifestation extérieure, avec ses signes d’excès, essentiellement physiques et matériels. Dès les origines, la Théogonie d'Hésiode en témoigne, n'y aurait-il pas la nécessité de faire violence à la vie, au végétal, à l’animal, pour nous oser vivants : faire violence pour fabriquer de l’intime ? L'intime est présent dans la cure analytique. Ce travail sur soi, par soi, de soi, qu’il soit celui de l’analysant ou celui de l’analyste, n’est autre qu’une violence faite à la violence travestie de la névrose, et il constitue en ce sens une réintégration de sa violence au cœur de son intime. Il ne l’absout ni ne la supprime, il l’accueille comme part de la totalité de soi, comme fonction qui ne serait menaçante que d’être récusée, et qui constitue l’univers depuis lequel peut s’entendre, se débusquer, se décoder l’intime violence de l’autre.
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POLITIQUE, ANTHROPOLOGIE, ÉTHIQUE. Que voulons-nous être et vivre ensemble ?
par Gérard Lurol
Résumé : En ouverture du dossier, mention est faite de l’urgence et de la nécessité de nous mettre en présence, à travers le politique, de la question anthropologique du choix de la qualité de l’humanité que nous voulons. Cette question est celle qui, à mon sens, commande aujourd’hui dans les périls où nous nous trouvons : puisque nous sommes capables du pire comme du meilleur, que voulons-nous être et vivre ensemble ? La crise du politique aujourd’hui est une crise anthropologique où la vie est à considérer comme un bien commun de l’humanité et où le politique doit s’exercer prophétiquement, bien au-delà de sa dimension gestionnaire et fonctionnaire.
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LE POLITIQUE SELON SON ESSENCE
par Martin Steffens
Résumé : La politique est une, elle est pari de l’ordre qui donne vie, elle se fonde sur un "Non" catégorique à la violence, à l’arbitraire et à la force aveugle. Elle n’a pas à être idéaliste, pas plus que relativiste, étant un don de la limite et de la loi dans un lien indéfectible avec la morale : elle est fondamentalement refus de ce qui tue l’homme. Aussi, l’homme politique, la femme politique, s’ils ne doivent pas laisser impunis ou mal punis les criminels car le mal fait mal, sont-ils par essence au service du plus petit, du prisonnier, de l’indigne.
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Lettre imaginaire de HANNAH ARENDT à ROBERT BADINTER
par Alexandra Dafniet
Résumé : Dans le sens du politique comme refus de l'infâme et de l'inhumain, Alexandra Dafniet imagine une lettre d’Hannah Arendt à Robert Badinter où elle jette un cri d’alarme face au développement banalisé de la traite des êtres humains, un marché international qui fait que des enfants, des adolescents et des jeunes femmes sont vendus, achetés, utilisés comme outils sexuels.
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GUERRE ET PAIX
par Bernard Bély
Résumé : L’épée du politique allant en guerre n’est utilisée que si la plume a été inefficace. Après avoir fait part des présupposés impliqués par les termes qui parlent de la guerre, s’être questionné sur la guerre juste et sur la non-violence, l'article en vient au sous-entendu principal d’un régime démocratique où les questions politiques fondamentales sont débattues hors des questions morales et religieuses : est bien ce qui est efficace et ce qui réussit, si bien que la finance devenant l’arme absolue, la nécessité de produire beaucoup et vite pour vaincre les concurrents engendre la mort pour tous. Que serait alors un monde meilleur ? Ce serait un monde, répond Bernard Bély, où l’émulation, inverse de la concurrence, serait cultivée dans une éducation en commun, où il s’agirait d’œuvrer en commun pour que chacun devienne ce qu’il est. Œuvrer dans une perspective de paix absolue ne peut se faire qu'en ayant pour but la vivification de tous et de chacun. Bernard Bély voit comme paradigme de la paix absolue l’amitié, l’amour porté à sa perfection dont les hommes et les femmes sont capables quels que soient leur âge ou leur statut.
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DU POLITIQUE À LA POLITIQUE
par Guy Samama
Résumé : Guy Samama propose des hypothèses pour comprendre l’affaiblissement ou le dépérissement du politique dans la politique. Partant du fait que le modèle du politique est la cité antique, où se rejoignaient vérité de la pensée, éthique du jugement et souci de l’autre – du moins en ce qui concerne les citoyens libres, puisqu’en étaient exclus les femmes, les enfants et les esclaves – il analyse le changement de paradigme qui a lieu lorsqu’on passe de la Cité à l’État. Là où la Cité s’interrogeait sur elle-même lorsqu’elle s’interrogeait sur la justice, la société moderne sépare l’homme des droits de l’homme lorsqu’elle s’interroge sur le droit. Compromis permanent entre promesses et contraintes, entre souhaitable et possible, entre court et long terme, de reine des sciences qu’elle était chez Platon, la politique est devenue un art de la négociation, oubliant ainsi l’origine sacrée du politique. Réduite à un ensemble de moyens dont la fidélité et la norme sont à chercher à l’extérieur d’elle-même, la politique a-t-elle encore un sens ? Si elle est elle-même dépolitisée par les états-majors administratifs et bureaucratiques, comment ferait-elle face à la perte d’un monde commun, à celle d’un espace commun ? Recréer du possible, redonner un souffle au débat démocratique, renouer par l’éducation et la culture le fil de la tradition rompue, c’est à ce prix que pourrait se refonder le politique et que la politique pourrait retrouver sens en allant vers la vie. Sont ainsi passées en revue de manière précise un bon nombre des différentes théories historiques du politique et de la politique.
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HEUREUX LES PAUVRES. LE REVENU DE SOLIDARITÉ ACTIVE LEUR APPARTIENT !
par le Dr Jean Maisondieu
Résumé : Jean Maisondieu rejoint Martin Steffens en ce qu'll fait de l'attitude à l'égard des pauvres la pierre de touche du politique dans une société. Il présente le RSA (Revenu de Solidarité Active) qui vient de remplacer le RMI (Revenu Minimum d'Insertion) comme une bouée de sauvetage risquant d’aboutir à la dissolution de la pauvreté dans une précarité généralisée diffusant à tous les niveaux de la société, tout en faisant croire à une solidarité qui n’est que maintenance en précarité. Une politique de lutte contre la pauvreté ne peut se réduire à en prendre la mesure, elle doit aussi passer par la lutte contre les richesses indécentes, liées à l’exploitation de l’homme par l’homme et à son exclusion dès qu’il n’est plus considéré comme utilisable. C’est à mettre en place un historique des formes iniques de la pauvreté que s’attelle Jean Maisondieu pour faire entendre le contexte socio-économique, politique et historique qui mène aujourd’hui à cette situation. Des pauvres, réprouvés car soupçonnés d’avoir mérité leur sort, aux exclus stigmatisés insidieusement lorsqu’on leur venait en aide, les Trente Glorieuses ont au fond renforcé les préjugés séculaires sur les pauvres et la cause de leur situation. Si l’on oublie qu’ils sont condamnés à une survie misérable, c’est que leur pauvreté était nécessaire aux riches dans un monde où il y avait encore du travail pour tout le monde. Lorsque ce ne fut plus le cas, les nouveaux pauvres ne pouvant plus être rendus responsables de leur pauvreté, la lutte contre la pauvreté a dès lors changé de sens : il s’agissait d’empêcher des gens considérés jusque-là comme honnêtes et fréquentables de devenir misérables. Le RMI est né dans ce contexte : tout s’est passé comme s’il n’y avait plus de pauvres mais des exclus qui n’avaient pas eu l’intention d’être pauvres. Jean Maisondieu montre très bien que si on ne prend pas simultanément en compte pauvreté et exclusion, elles s’additionnent dans leurs effets délétères chez les individus. Parler d’exclusion sans préciser qu’il s’agit d’une injustice, ce que permettait la métaphore de la fracture sociale, c’est faire croire qu’être inclus et être exclus sont des statuts équivalents. Quant au pauvre de demain, qu’il soit producteur ou produit de riches, sa pauvreté imposée ne sera pas plus digne que celle de ses prédécesseurs.
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INTERVIEW DE BRUNO JARRY. Directeur du CLAVIM (Issy-les-Moulineaux)
par Gérard Lurol
Résumé : Cet interview de Bruno Jarry montre comment, à l’échelle d’une ville comme Issy-les-Moulineaux, le Centre de loisirs et d’animation et l’Espace parents-enfants participent à la prévention de la délinquance, pensent la sécurité des jeunes comme un élément incontournable de l’ensemble d’une politique éducative, et inventent en partenariat des dispositifs de médiation permettant aux jeunes, aux familles, aux écoles d’entretenir ou de restructurer leurs liens. Comment ces actions menées au sein d’une ville sont-elles affectées par l’économie mondiale ? Quels projets à moyen terme sont-ils possibles dans ce contexte pour donner du souffle et renforcer le vif de la vie commune à l’échelle d’une ville.
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"La marque du sacré", par Jean-Pierre Dupuy. Questions sur l'homme, questions sur Dieu
par Jean-B. Jolly
Résumé : Ce livre de Jean-Pierre Dupuy, où il rappelle les apports fondamentaux de René Girard et d'Ivan Illich à la compréhension de la société contemporaine, interpelle les fonctions des mythes et des textes sacrés : "Alors que le sacré s’enveloppe des voiles de la mythologie, rien n’est mythe dans la Bible, qui use de l’image contre les mythes pour en exposer l’artifice, la justification de la violence faite aux innocents." Comment un sacré refoulé, dont le caractère caché ne supprime pas l'efficacité et la violence, pourra-t-il être contenu par une société qui vit à la marge de l'apocalypse ?
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In memoriam : Jean LE DU
par Gérard Lurol
Résumé : L'un des fondateurs de la revue, décédé en juin 2009.
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Les "Bleus". Témoignages d'enseignants. Sur la violence à l'école et la pédagogie qui la prévient
par Monique Roy-Duquesne
Résumé : Une enseignante en SEGPA (enseignement adapté de collège), Marie Demont, décrit les jeux violents auxquels se livrent des collégiens et les risques qu'ils y courent : quelles réactions des enseignants sont-elles possibles ? Une enseignante de maternelle, Barbara Sueur, expose le dispositif de coopération en classe que permet d'instaurer la pédagogie Freinet, et comment elle donne des moyens aux enseignants pour éduquer les enfants à la maîtrise de leur violence .
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Un courrier de Claude Pujade-Renaud. Avec un hommage à Daniel Zimmermann
par Monique Roy-Duquesne
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