Numéro: 141
Albert Camus : le premier homme a cinquante ans
Date de parution: 28/02/2010
LE RISQUES PSYCHOSOCIAUX . Mode ou enjeu
par Norbert Chatillon
Résumé : Le risque psychosocial fait partie de la vie, il en est constitutif dès lors que vivre, c’est vivre avec les autres et vivre en société. Il n’est donc pas anormal, il n’est pas malsain, et ce serait une stérilisation de la socialité que de vouloir l’éradiquer comme un mauvais germe. Il n’est ni bon ni mauvais, ni négatif ni positif, et il est ce que nous en faisons.
Mots clés : stress, management, risques, systémique
AUTOUR D'UN "DÉFAUT D'ORIGINE". L’écriture d’Albert Camus
par Jean-Jacques GONZALES
Résumé : Camus reçoit le prix Nobel en 1957, au moment où la terre natale, l'Algérie (est-ce la patrie ? Rien n’est moins sûr) risque de disparaître. Il s’est passé en Algérie quelque chose d’inouï dont Camus a été le scribe attentif et parfois, sans doute presque toujours inconscient. Ce qui s’est passé d’inouï, c’est qu’une position universelle de l’humaine condition a rencontré sa réplique exacte en Algérie coloniale, à ce moment, que personne n’a vue. Ce qui s’est passé en Algérie n’a tenu qu’un court instant et, maintenant, s’estompe, emporté sous l’emprise d’une double nécessité – la fin historique de cette réalité temporaire et la mort inévitable de ceux qui en furent les témoins. Cette position que Camus a rencontrée est la position de tout écrivain, étranger dans le chez lui qui lui est échu, dévolu par l’Histoire, éclairé par ce décalage qui ouvre la nuit – l’espace même de l’écriture, emporté dans la remémoration infinie d’un passé qui n’a pas eu lieu, solidement ancré devant le vide nécessaire des origines – qui est la position de tout homme – et l’afflux immémorial des faux-semblants qui s’y engouffrent, sommé de dire juste.
Mots clés : origine, histoire, écriture, inachèvement
L'INDIFFÉRENCE. Camus ou Moravia
par Jean-François BOSSY
Résumé : L'indifférence nous montre que ce mouvement par lequel l'homme se fait advenir en son être peut s'enrayer, échouer, mais qu'il reste le fond inéluctable de sa condition. Dans la déprise de tout objet de vouloir, il reste à la volonté humaine le pur vouloir du vouloir, structure vide qui essaye d'acquérir son effectivité par la détermination, et qui ne laissera jamais de repos à l'indifférent jusqu'à ce qu'il surmonte une faiblesse inquiétante. L'indifférent de Moravia fait la dure expérience de cette vérité incontournable que le personnage de Meursault dans "L'Etranger" de Camus ne permet pas encore d’apercevoir tout à fait.
Mots clés : différence, indifférence, Camus, Moravia, volonté, vouloir
CET ÉTRANGE ÉTRANGER
par Guy SAMAMA
Résumé : Les paradoxes de Meursault, le héros de "L'Etranger" : 1. Le meurtre moral d’une mère. 2. le refus de mentir, c’est celui de dire plus qu’on ne sent. Ce refus met en procès un monde du procès. 3. Une objectivité froide issue d’une subjectivité sans sujet. 4. Au coeur des choses, au milieu de la nature, se trouvent des vérités généralement absentes du coeur des hommes. Tout se passe comme si Meursault avait déjà, avant la mort de sa mère, avant son procès pour meurtre, fui le monde des hommes, le monde de la dureté, de l’injustice de sa justice. Il est tout entier dans une relation tendre et immédiate à une nature balsamique, apaisante et aimante. Il est difficile de vivre seul, sans racines, sans origine, au niveau zéro, face à la mer, dans l’impasse du Soleil. L’on s’y brûle
Mots clés : justice, injustice, indifférence, jugement, morale
ALBERT CAMUS ET NIETZSCHE. Du dernier homme au premier homme
par Jean-François MATTÉI
Résumé : A qui n'a jamais connu son père, comme Camus, la recherche en paternité révèle l’impossibilité d’atteindre une origine qui se tait comme le "Deus absconditus" de Pascal. Camus note en 1954 : "Le premier homme refait tout le parcours pour découvrir son secret ; il n’est pas le premier. Tout homme est le premier homme, personne ne l’est. C’est pourquoi il se jette aux pieds de sa mère." Ce n’est pas Camus qui est resté étranger à Dieu, Père inconnu, c’est Dieu qui est resté étranger à Camus en le laissant seul face au vide. Privé de révélation, le premier homme ressent la déréliction qui a été la sienne dans le désert. Est-ce un hasard si Jacques Cormery, l’autre visage d’Albert Camus, porte les initiales du Christ ? Mais, en même temps, Camus écrit qu’à ses yeux, "sa mère est le Christ". Il y a bien, dans ce dernier ouvrage et dans le reste de l’oeuvre, une identification christique analogue à celle de Nietzsche, à la fin de sa vie, qui signait ses dernières lettres : "Le Crucifié". On peut rêver à la transition qu’aurait assurée Camus, s’il avait vécu, entre le dernier homme de Nietzsche et le premier homme. Qui saurait en effet éprouver l’innocence du Fils, le premier homme, témoignerait, avec la filiation au Père, de cette fidélité à la Mère qui est fidélité à la terre. Alors, le monde retrouverait l’éclat de "notre premier et notre dernier amour" parce que tout amour, celui qui naît d’une pensée affirmative, est tout l’amour du monde. C’est bien ce qu’avait enseigné au premier homme, un soir d’été à Tipasa, non pas une vie à goût de néant pour abolir l’être, mais "une vie à goût de pierre chaude" pour épouser les "soupirs de la mer et des cigales".
Mots clés : nature, histoire, père, mère, Christ
LE SOLEIL DU MIDI. Et le tragique de la condition humaine chez Camus selon Mounier
par Gérard LUROL
Résumé : Chez Camus, pour Mounier, l’homme absurde est " un homme qui dit non et oui seulement ensuite, précisant lentement à quoi". Il n’y a ni au-delà, ni lendemain. La condition humaine, c’est la ville d’Oran aux portes fermées, envahie par la peste et repliée sur elle, cernée de tous côtés, abasourdie et stupéfaite par cette étrangeté qui s’est comme abattue sur elle mais qui lui est inhérente, et que nous cherchons à éluder : nostalgie de l’illimité ou croyance en l’immortalité, pseudo-pensées de nos peurs et de nos faiblesses. Notre condition d’humanité est relative et limitée, aussi toutes les doctrines politiques ou religieuses qui veulent expliquer l’inexplicable, absolutiser la justice, la vérité, l’amour, sont-elles pour Camus des abstractions s’opposant au bonheur, des idéologies s’opposant à la pensée, des visages impersonnels s’opposant aux amours. Servir les hommes sans servilité, être honnête, patient et modeste, être heureux, voilà qui est moins commode et plus inconfortable que servir une abstraction : le bonheur passe avant l’héroïsme ou la sainteté, car il est une "exigence généreuse" qui, dit Mounier, "rassemble la surabondance de la vie, la simplicité du coeur et l’amour des hommes".
Mots clés : absurde, relativité, condition humaine, révolte
SUR LA PENSÉE POLITIQUE DE CAMUS. Libertaire ou libéral ?
par Denis SALAS
Résumé : On peut trouver dispersée dans l'oeuvre de Camus, une philosophie politique avec ses catégories propres : l’État, la démocratie et la liberté, que lui seul osera défendre à gauche. Sa pensée politique est celle d’un libéral – non au sens économique du laisser faire mais au sens où le libéralisme politique refuse l’hégémonie de l’État. A quoi il faut ajouter tout de suite : un libéral de gauche car l’idée de justice (sociale) ne le quitte jamais. Sa thèse peut se résumer en trois points points : un État modéré, une liberté bornée par la loi et des institutions justes.
Mots clés : liberté, justice, Etat, gauche, anarchie, syndicalisme
CAMUS ET « LA POLITIQUE ». "Moitié Cerdan, moitié De Gaulle"
par Daniel LINDENBERG
Résumé : Camus n’est pas tant "anti-progressiste" qu’"a-progressiste". Il n’y a pas de "sens de l’Histoire", mais le pire n’est pas toujours sûr. Cela explique que Camus ait pris parti pour les expériences réformistes crédibles lorsqu’elles se sont présentées (la SFIO de l’immédiate après Libération, Mendès-France et L’Express en 1955-1956), tout en restant attaché, plus profondément peut-être, aux idées et aux personnes libertaires avec lesquelles il aura un lien très fort depuis le début de l’Occupation. Ne plus suivre un parti politique ne vaut pas retrait sur une tour d’ivoire. Le refus d’être un intellectuel de Parti ou un compagnon de route à la Sartre ne signifie nullement que Camus accepte la position exclusive de "moraliste" où Mounier, suivi aujourd’hui, semble-t-il, par beaucoup de nos contemporains, voudrait le confiner.
Mots clés : Parti communiste, résistance, révolte, esclavage
ALBERT CAMUS, 1955-1959. Changements d’itinéraire
par André ABBOU
Résumé : Des crises conjugales et existentielles, le menant jusqu'aux abords de la dépression, secouent Camus dans ses dernières années. Elles s'ajoutent au grand déchirement dans lequel il vit la guerre d'Algérie et aux attaques dont il est l'objet de la part d'anciens commpagnons, comme Sartre. Il en était venu à des remises en question radicales sur le statut et la place de la littérature, l'amenant à envisager de renoncer complètement à écrire pour se consacrer au seul théâtre.
Mots clés : crises, dépression, polémiques, Sartre, art, littérature, théâtre
POURQUOI ÔTER CAMUS DE SON SOLEIL ?
par Norbert CHATILLON
Résumé : Ne retirons pas les morts de leurs lieux de vie ou de mort. La polémique autour du transfert des cendres de Camus au Panthéon devrait marquer la fin de cette panthéonade, et faire enfin de l’hommage aux plus grands une solennité intime, un hommage à tous les humbles dont ils furent.
Mots clés : Panthéon
ACTUALITÉ DE CAMUS
par Jean LECANU
Résumé : Il faut changer nous-mêmes, sans quoi on ne changera pas le monde, telle est une des convictions de Camus. La transformation personnelle est suggérée par l'itinéraire même de Camus : recherche de l'unité, de l'accord, de l'harmonie, de l'entièreté. Il s'agit de concilier union et séparation, valeurs maternelles et paternelles, féminin et masculin. Nous ne sommes pas loin de Plotin, de Pierre Hadot et de C.-G.Jung. Quant à la transformation sociale, elle découle de la précédente. Camus est un méditerranéen : il se sent l'âme grecque. Sa pensée est celle du midi, des limites, de la mesure. La fin est dans les moyens. "Rien n'est vrai qui force à exclure." Il lui faut tenir ensemble la beauté et les humiliés ; nous sommes solitaires et solidaires.
Mots clés : sollitaire, solidaire, changement personnel, changement social
IMPRESSIONS SUR CAMUS
par Bernard GINISTY
Résumé : De son enfance algéroise, Camus retient à la fois la pauvreté vécue, mais aussi la splendeur de la lumière méditerranéenne : "Élevé d'abord dans le spectacle de la beauté qui était ma seule richesse, j'avais commencé par la plénitude. Ensuite étaient venus les barbelés, je veux dire les tyrannies, la guerre, les polices, le temps de la révolte". Le jeune méditerranéen va connaître l'Europe de la guerre, de la violence, des camps. "Il avait fallu, écrit-il, se mettre en règle avec la nuit ; la beauté du jour n'était qu'un souvenir". Mais bien loin de le conduire à la violence, au ressentiment ou au sectarisme, l'épreuve l'amène à découvrir en lui ce qu'il appelle un "été invincible".
Mots clés : été, pauvreté, beauté
Aux lecteurs
par Guy SAMAMA
Résumé : Un DVD est en préparation, qui contiendra notamment quatre "moments forts" du colloque qui s’est tenu le 30 janvier 2010 et qui ne sont pas évoqués dans ce cahier : - Le témoignage de Madame BIRMAN, ancienne élève de Camus, - Le témoignage de Jean DANIEL, - Une interview vidéo du premier biographe de Camus, Herbert LOTTMAN, - La prestation théâtrale offerte par Dominique PAQUET et Patrick SIMON, directeurs artistiques du théâtre des Ulis, avec un extrait de la pièce de Camus "Les Justes".
Mots clés : témoignage, Jean Daniel, Mme Birman
MISSION PARLEMENTAIRE SUR LE VOILE INTÉGRAL. Contrepoint. Adresse au Sénat
par Djemila BENHABIB
Résumé : Au nom de "Femmes solidaires" et de la Ligue du droit international des femmes. Un travail acharné, permanent et indispensable, doit être fait, que ce soit dans les quartiers, auprès des femmes victimes de violences et discriminations, des sans-papiers ou encore au sein des politiques et des instances onusiennes. C'est ici, localement que prend racine le travail pour les droits des femmes pour se répercuter à l'échelle internationale.
Mots clés : droit des femmes, Algérie, code de la famille, maltraitance des femmes, islamisme
"Récits du pays des hommes intègres". Agora
par Monique Roy-Duquesne
Résumé : Entre mythe et réalités : Un engagement - Des actions - Un livre - Un CD
Mots clés : récit, histoire, mémoire, eau, solidarité
QUITTER BEYROUTH. Agora
par Stéphanie Schneider
Résumé : Au cours de la guerre de 2006, une Française quitte une ville qui lui tient à coeur. "Allez, rentre chez toi. Au fait, … c'est où chez toi ?"
Mots clés : guerre, ville, déracinement
"Lettres à un jeune éducateur" par Pierre DURRANDE. Préface
par Gérard Lurol
Résumé : Ces vingt deux lettres de Pierre Durrande destinées à Grégor, jeune homme allant entrer en formation d’éducateur spécialisé, pourraient être lues, tant elles sont essentielles, par tous les éducateurs, spécialisés ou non, et par toutes les personnes exerçant ou voulant exercer un métier où est vivant, présent, le souci d’éduquer.
Mots clés : éducateur, formation, anthropologie du corps, foi en soi-même, foi en l'autre
